Et mourir...

Et mourir...

- Tu... ce n'est pas pour te critiquer, Harry, mais tu... d'une certaine manière... je veux dire... Tu ne crois pas que tu as un peu trop tendance à vouloir sauver les gens ?

Voldemort te connaît...

Tendance à vouloir sauver les gens.

Jouer les héros.

Entièrement sa faute.

Stupide. Piège.

Le vide terrifiant de l'amertume grandissante.

Dumbledore était mort.

Il gisait là, par terre. Le visage noirci par les explosions. Il ne bougeait plus. On aurait presque pu croire qu'il dormait. Mais rares sont ceux qui dorment les yeux ouverts, la peur s'y inscrivant encore comme un voile fantomatique.

Il avait perdu ses lunettes. Elles avaient volé plus loin lorsqu'il avait percuté de plein fouet un mur. L'impact avait dû être puissant car la pierre s'y était fissurée.

Dumbledore était mort.

Voldemort l'avait tué. Simplement.

Où bien était-ce lui ? Lui et sa manie de toujours vouloir prouver quelque chose. Il ne savait même pas quoi. Mais il savait qu'il avait tord.

Il avait encore fauté. Et maintenant, il attendait. Attendait que Dumbledore braque sur lui ses yeux étincelants et ne lui dise que ce n'était rien et que tous avaient droit à l'erreur.

Mais les yeux du vieil homme demeuraient fixes. Sans petite lumière. Nulle étincelle. Sans vie.

Dumbledore était mort.

Et Harry avait mal. Il se sentait alourdi. Comme si le poids qui reposait sur ses épaules venait de tripler. Il avait envie de se coucher sur le sol poussiéreux de la chaumière inhabitée et de s'y endormir. Se blottir contre le vieux mage et fermer les yeux. Dormir et ne plus jamais se réveiller. Et s'il le fallait... il voulait que tout ne soit qu'un cauchemar. Se lever en sueurs froides dans son lit, dans la tour des Gryffondor, avec Ron à ses côtés, ronflant paisiblement. Il voulait aller déjeuner demain et sourire au directeur comme s'ils partageaient un secret qu'eux seuls connaissaient. C'était le cas. Mais c'était si bon de faire semblant. De se jurer normal en mentant sans regrets.

Il tomba à genoux, soulevant du sol des nappes de poussières qui le firent tousser et qui piquèrent ses yeux. Non, ses yeux piquaient déjà. Horriblement.

Dumbledore était mort.

Pourquoi n'arrivait-il pas à y croire ?

Dumbledore était immortel. Dumbledore ne pouvait pas partir. Pas encore. Parce que sans lui, il n'y arriverait jamais. Il ne tuerait pas Voldemort sans son mentor.

Voldemort.

La rage serra sa gorge et ses points serrés tremblaient, comme tout son corps.

Voldemort. Il avait lancé l'Avada Kedavra. Il avait assassiné en riant celui sur qui tant avait porté leur confiance et leurs espoirs. Puis, en voyant le corps de son ancien professeur s'affaisser et retomber lourdement en un son mat, il avait sourit. Il avait rit. Harry avait sentit son sang se glacer dans ses veines. Son regard avait oscillé entre l'homme à la barbe blanche et celui qui avait pourri sa vie. Une rage telle qu'il avait senti la source même de sa magie se mettre en ébullition.

Dumbledore était mort.

Et Harry Potter avait lancé le Doloris.

Il n'éprouvait aucun remord. Il le referait même sans hésiter. Sans réfléchir. C'était bon. Presque jouissif.

- Il faut vraiment vouloir la souffrance de l'autre, Potter ! Et y prendre plaisir, avait dit Bellatrix Lestranges.

Oh oui... du plaisir. Comme jamais auparavant. Plaisir à regarder Voldemort écarquiller les yeux et hurler alors que lui riait à son tour. Il aurait voulu que le moment ne se termine jamais mais le mage noir avait transplané en lui jurant, entre deux cris, qu'il le tuerait. Que ce serait bientôt son tour.

Harry ne sentait plus son corps. À quatre pattes, il se traîna jusqu'à Dumbledore. Il posa une main sur sa poitrine.

- Professeur ? éructa-t-il dans un souffle.

Le silence. Harry connaissait le silence. Mais celui-là était plus déchirant que jamais. Il était seul. Et la poitrine de l'homme n'émettait aucun écho d'un quelconque battement de c½ur.

- Monsieur ? fit-il toutefois, refusant d'abandonner. S'il vous plait...

Rien. Absolument rien. Sa lèvre inférieure trembla. Il la mordit fortement jusqu'à sentir dans sa bouche le goût métallique de son propre sang. Sa tête allait exploser. Un flot de souvenirs le frappait. Dumbledore... Un espoir mort. Un temps révolu.

- S'il vous plait... Quelqu'un... aidez-moi, chuchota-t-il en fermant les yeux, les larmes y naissant.

Mais personne ne vint. Personne. Quelqu'un savait-il au moins qu'ils étaient ici ? Non, qu'il était ici. Il était seul. Dumbledore était mort. Un sanglot souleva sa poitrine. Il lutta vainement. Lentement, sa tête s'abaissa jusqu'à entrer en contact avec le torse immobile de son directeur.

Alors il pleura. D'abord à contre c½ur, puis désespérément. Il aurait voulu se noyer dans ses propres larmes. Était-il humainement possible d'éprouver tant de peine, de douleur et de haine à la fois ?

Il goûta au sel de ses pleurs. Il n'était qu'un enfant. Un enfant maudit par le destin. Un enfant sans repère perdu au milieu d'un monde inconnu. Il était inutile d'essayer de se berner soi-même.

Il avait voulu combattre seul. Sans hésiter, il avait répondu au défi onirique que lui avait sournoisement lancé son ennemi. Il avait voulu en finir. Il avait été égoïste. Tuer ou être tué ? Alors soit. Que le meilleur gagne. Que ça se passe vite. Il pensait qu'il n'existait nulle souffrance pire que celle qui couvait alors en lui. Il avait eu tord, encore une fois. Il ne connaissait pas la douleur. Mais il pouvait maintenant dire avec certitude qu'il en avait eu un bon aperçu.

Il avait cessé de compter après le dixième Doloris. Il avait voulu mourir alors que Voldemort sifflait encore et encore Endoloris comme si cela était l'essence même de sa vie. Mais il n'avait pas crié. Harry se l'était interdit. Il avait cru mourir et l'avait même espéré. Il avait prié pour ne pas connaître une once de douleur de plus.

Et puis Dumbledore était arrivé. Grand, majestueux. Un héros. Un héros mort, désormais. Une légende qu'il avait tuée. Un frisson d'horreur le parcouru.

Que diraient les autres ? Remus, Snape, Ron, McGonnagal, Hermione, Hagrid... Quels regards poseraient-ils sur lui demain ? Il gémit et se laissa tomber complètement sur le sol, la tête tournée vers le vieux sorcier.

Un monstre. C'était ce qu'il était. Depuis toujours. Son oncle Vernon avait raison. La tante Marge aussi. On aurait dû le noyer à la naissance, comme une bête immonde.

Du combat entre les deux grands sorciers, il ne gardait que quelques images. Des robes virevoltantes, des éclairs. Rouges, bleus, verts... Des cris, des gémissements, un rire... Nouveau frisson.

Il tendit la main vers la joue ridée de Dumbledore. L'effleura du bout des doigts. La peau était encore tiède mais le froid commençait à y percer. La main glissa sur la joue et aller se poser sur les paupières. Délicatement, elle les abaissa. Les yeux bleus disparurent sous leurs fourreaux de chaire. Une larme coula sur la jour de Harry. Il renifla et s'approcha encore du mage blanc.

Était-il douloureux de mourir ? Voyait-on vraiment sa vie défiler devant ses yeux ? L'Avada en laissait-il seulement le temps ? Albus mourrait-il avec des regrets ou du soulagement ? Il n'y avait personne pour répondre.

- Je me souciais davantage de ton bonheur que de t'apprendre la vérité, davantage de ta tranquillité d'esprit que de mon plan, davantage de ta vie que des autres vies qui seraient peut-être perdues si ce plan échouait.

- Qu'est-ce que cela pouvait me faire si je ne sais combien de gens dont je ne connaissais ni les noms, ni les visages, trouvaient une mort violente dans un avenir indéterminé, du moment que toi, dans l'instant présent, tu étais vivant, en bonne santé, et heureux ?

Dumbledore avait toujours eu confiance en lui, en ce qu'il accomplirait. Pour lui, il n'y aurait pas d'échecs. Tord. Tord tord tord tord. Il enchaînait bêtises sur bêtises depuis des mois et voilà que...

Harry sentait encore en lui le flux magique douloureux des puissants Doloris. Ses muscles endoloris criaient à l'infortune mais il s'en moquait. La douleur elle-même semblait lointaine face au désespoir dans lequel tout son être s'était immergé.

Existait-il une magie susceptible de l'aider ? De ramener Dumbledore à la vie ? Une magie noire ou ancienne, peut-être... Non.

Non. Il avait droit au repos. Et lui, Harry Potter, devait apprendre à cesser de se cacher derrières les robes de son mentor. Il n'y aurait plus de rigolade. Il n'y aurait plus de rire, ni même de sourire tant que la guerre ne serait pas achevée, tant que le sang de Voldemort ne souillerait pas le champs de bataille.

- Je vais le tuer, professeur, murmura-t-il à son oreille qui pourtant n'entendait plus. Je vais le tuer, juste pour vous.

La fatigue le submergea. Il ferma les yeux. Dormir. Juste un peu...

Pour vous, Dumbledore. Pour vous j'écrirai la fin de notre histoire.

FIN
Et mourir...
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# Posté le mercredi 31 octobre 2007 22:01

Winter time is coming !

Winter time is coming !

À travers

Il courrait. Derrière lui, le préfet en chef des Serpentard, Draco Malfoy, suivait à quelques mètres, sprintant pour le rejoindre. Depuis des semaines, depuis la rentrée quelques mois plus tôt, c'était un jeu entre eux, chaque nuit.

Dès que son dortoir s'endormait, le Survivant aux songes hantés enfilait rapidement sa cape d'invisibilité et sortait rapidement de la tour des Gryffondor, parcourant tel un fantôme les couloirs du château. Au début tranquillement, sans but, mais tout était différent, maintenant. Malfoy savait. Il l'avait surpris une nuit, dans un couloir du troisième, alors qu'Harry avait par mégarde marché sur sa cape, découvrant une partie de son visage. Et la course folle avait commencé.

Jusqu'à maintenant, il était toujours parvenu à finalement semer le blond, usant de stratagèmes divers et empruntant passages secrets dont très peu connaissaient l'existence. Mais après tout ce temps passé à le filer, le Serpentard commençait à connaître tout ses trucs.

- Je t'aurai, Potter ! Rugit sa Némésis dans son dos.

Ils couraient depuis plus d'une heure, désormais. Bien qu'en excellente condition physique, les deux joueurs de Quidditch commençaient à ressentir les effets de leur course folle. Ils haletaient et la sueur se frayait des chemins sinueux sur leurs corps.

Harry ne prit même pas la peine de répondre. Il savait que se cacher ne servirait à rien. L'autre finirait par le trouver. Il ne savait même pas quel était réellement l'enjeu de la course. Quelle importance ? Si le Serpentard mettait la main sur lui, il gagnerait. Et le brun ne pouvait accepter cela. Il ne baisserait jamais la tête devant Malfoy. Jamais.

Prenant un couloir à sa droite, il finit par s'apercevoir qu'il arrivait près de la grande salle. Esquissant un léger sourire, il rusa en utilisant le passage qu'utilisaient les premières années à leur arrivée à Poudlard, juste avant la répartition. Il dévala les marches du grand escalier en pierre, ne jetant pas de regard en arrière pour vérifier si l'autre le suivait toujours, mais entendant sa respiration essoufflée faire écho dans l'immensité de la salle.

Sortant sa baguette, il esquissa un simple mouvement et, devant lui, les portes du château s'ouvrirent sans même grincer. Il se faufila à l'extérieur où, passé la surprise, Malfoy le suivit, grimaçant tout de même d'avoir laissé une seconde de plus d'avance à son ennemi.

Les deux adolescents frissonnèrent de concert, le froid hivernal traversant sans peine l'épaisseur de leurs robes. Aucun d'eux n'avait pensé à se munir d'une cape. Jamais auparavant leurs escapades ne les avaient menés si loin. Jusqu'alors, seul le château endormi avait été le témoin de leurs poursuites nocturnes. La neige crissait généreusement sous leurs pieds, les accueillant dans sa nuit pâle. Dans le ciel, la lune à moitié pleine brillait fugacement.

L'esprit du Survivant analysa rapidement la situation sans qu'il n'ait besoin de s'arrêter pour réfléchir. Le meilleur moyen de semer Malfoy était de parvenir à la frontière que constituait la Forêt Interdite. Jamais le blond n'oserait s'y aventurer. Bien sur, le chemin le plus cours était de courir jusqu'à la cabane d'Hagrid pour s'engouffrer dans les bois par cette extrémité, mais le risque que le demi-géant ne sorte de sa demeure et ne les arrête était trop gros. De plus, de la lumière transperçait encore par les carreaux de la maison. Non, décidément trop risqué. Alors il restait... Le lac. Gelé, il pourrait courir sur sa surface et atteindre en quelques minutes et atteindre l'autre côté, rejoignant ainsi la rive opposée qui, elle aussi, était bordée par la Forêt. Bon plan.

Il puisa dans des dernières forces et sprinta, se réjouissant presque d'entendre sa Némésis grogner derrière lui. Harry, au moins, avait l'expérience des poursuites depuis son enfance. Combien de fois n'avait-il pas eu à fuir devant Dudley et sa bande qui voulaient lui flanquer une raclée ? Mais tout n'était-il pas différent, maintenant ? Malfoy ne voulait pas le frapper, il voulait... Que voulait-il faire de lui, en fait ? Il ne s'était pas vraiment arrêté sur ce point... De toute façon, jamais il ne se laisserait avoir. Qu'importe jusqu'où il devrait aller pour le semer.

Sans précaution, il posa les pieds sur la glace épaisse du bord. Durant la journée, quelques premières années d'origine moldue avaient, avec l'aide des plus grand, transformé des souliers en patins et avaient appris à d'autres enfants à patiner. Nombreuses avaient été les chutes et les réprimandes de Mrs Pomfresh, l'infirmière, mais, finalement, tout s'était globalement fait dans le rire. Encore maintenant, la glace était entrelacée de lignes, telles des figures abstraites, glissant allègrement sur la surface plate. Harry les parcouru sans trop les voir, obnubilé par sa réussite prochaine. Si obnubilé, en fait, qu'il n'entendit pas les cris de Malfoy, derrière lui, qui s'était arrêté à quelques mètres de la rive.

En tant que Préfet-en-Chef, Draco avait du lui-même surveiller pendant quelques heures les jeunes élèves. Il savait qu'après quelques tests, lui et les autres surveillants avaient sévèrement décrété que personne ne devait franchir l'espace délimité par les rubans. Rubans qui, à la fin du jour, avaient été enlevés. La glace devenait en effet de plus en plus fine au fur et à mesure qu'on s'avançait vers le milieu du lac. Exposée à un poids assez lourd, elle ne résisterait pas. Et Potter, absent toute la journée des activités organisées, ne savait pas cela. Pire, il se dirigeait droit vers la zone décrétée la plus dangereuse. Sentant son estomac se contracter douloureusement, l'héritier des Malfoy se mis à crier pour l'avertir, mais le brun ne semblait pas l'entendre. Jurant, pestant, le Serpentard transforma ses bottes en patins, remerciant le ciel de connaître ce sport depuis son enfance, et s'élança avec grâce sur l'eau gelée, avançant tout de même lentement et précautionneusement.

Devant lui, à quelques mètres, Harry n'était réellement conscient de rien. Tout ce qu'il voyait, c'était la rive opposée se rapprocher graduellement. Le reste ne comptait plus. Se disait-il. Mais au moment où un sourire naissait sur son visage à l'idée de gagner encore, ce soir, un craquement lugubre se fit entendre. Fronçant les sourcils, il revint s la réalité et ralentit. Un autre craquement déchira la nuit. On aurait dit que le tonnerre grondait, mais la voûte nocturne n'était nullement encombrée de cotonneux nuages noirs.

- Arrête ! Entendit-il enfin Malfoy hurler derrière lui.

Il se retourna, confus et désorienté. Prudent, le blond s'était arrêté à quelques mètres, là où la glace n'était pas fissurée. Celle sous ses pieds gronda encore, et il du s'efforcer de ne pas tomber lorsqu'une forte secousse l'ébranla, comme si le monde lui-même bougeait.

- Ne bouge pas, Potter, fit posément sa Némésis, l'air contrarié sur son visage l'avisant qu'il cherchait en vain un moyen de le sortir de ce pétrin.

Au rythme où allaient les choses, il ne pouvait quitter le Survivant pour aller chercher de l'aide. Il n'aurait pas le temps. De là à ce qu'il revienne avec un professeur, la glace aurait cédé depuis longtemps. Et Potter...

Il ne pouvait user d'aucun sort de sa connaissance. Bien que sa mémoire travaille activement, il ne parvenait à se rappeler d'aucun sortilège appris au cours des cours qui puisse lui servir en ce moment. Un Acio ne serait jamais assez puissant. La glace continuait de se fendre généreusement dans tous les sens, ne suivant aucun plan défini, et les craquelures se dirigeaient vers lui, inexorablement.

Il chercha autour d'eux quelque chose qui pourrait les aider mais ne trouva rien, à son plus grand désespoir.

- La prochaine fois qu'une expédition de ce genre te tentera, Potter, fais-moi plaisir : Oublie-moi!

L'autre ne répondit pas, le souffle court. Le Gryffondor semblait en prise avec une panique sourde qui bloquait tout ses membres. Son regard balayait la surface maintenant irrégulière et surélevée par endroits. Il ressemblait en ce moment-même à un petit garçon apeuré.

- Harry ? Tenta Draco, utilisant une voix douce.

- Je sais pas nager...

- On va trouver un moyen, d'accord ? Reste calme. Je... je vais essayer d'avancer vers toi, d'accord ? Demanda-t-il en s'exécutant lentement.

Toujours incertain, il continua, tendant le bras.

- Essaie d'attraper ma main, d'accord ?

Le Survivant leva son regard vers lui, le faisant ensuite glisser vers cette main. Il tendit à son tour la sienne. Mais peine perdue.

- Tu es trop loin, gémit-il.

Il déglutit, puis sembla prendre une décision. Il ferma les yeux un instant, et quand il les rouvrit, une flamme y dansait.

- Recule, ordonna-t-il.

- Mais...

- La glace ne tiendra pas. Nous sommes trop lourds. Recule, répéta-t-il.

Hésitant, le Serpentard obéit néanmoins. La glace grondait férocement mais le regard du brun était toujours aussi décidé. Une fois en sécurité, Harry lui sourit tranquillement.

- Ça ira, assura-t-il. Ça ira.

Qui essayait-il de convaincre ? Avec le blond, en tous cas, ça ne fonctionnait pas du tout.

- L'eau est trop froide, Harry, si tu y tombe...

L'autre ne trouva qu'à sourire encore.

- C'est drôle, tu sais. Je vais mourir et c'est toi seul qui verra. Qui aura essayé de m'aider. En vain.

- Tu ne vas pas mourir.

- Même si tu me sors de là ensuite, ce dont je doute, ce sera l'hypothermie.

- Je ne te laisserai pas mourir, Potter ! Cria-t-il, voulant plus que tout le faire taire.

Le regard de sa Némésis se fit vague.

- Je ne croyais pas que ça se passerait comme ça, murmura-t-il, mais le Serpentard entendit tout de même. Aussi banalement...

- Harry...

- C'est bête, le coupa-t-il. Après les combats de l'an passé, je pensais qu'il me restait encore un peu de temps. Je n'ai finalement fait que retarder l'échéance. Je croyais... je voulais tellement croire que j'avais droit à ça, moi aussi. La normalité, tu sais. Après avoir tué Voldemort... J'aurais peut-être du le laisser gagner.

- Tu as fait ce qu'il fallait, Harry, fit Draco, une boule dans la gorge. Tu nous as tous sauvés. Tu nous as donné un avenir.

- Même à toi ? Demanda le Survivant.

Celui qui avait joué le rôle d'un espion pour les Forces de la Lumière il y a quelques mois hocha la tête.

- Mais ça n'aura servit à rien si tu pars, reprit Malfoy. Parce que nous avons encore besoin de toi, de ce courage que tu donne aux autres sans même t'en apercevoir.

Il reprit son souffle. Pourquoi tant de douleur dans sa poitrine ? Oh... il le savait. Mais le savoir et le reconnaître étaient deux choses bien dissemblables, n'est-ce pas ? Il cria lorsque la glace se fendit encore et que le brun tomba à genoux, de l'eau commençant à suinter par les craquelures.

- Reste avec moi, Harry ! Souffla-t-il, suppliant. Je t'en pris...

- Draco...

- Harry, il y a une chose qu'il faut absolument que je te dise...

- Draco, je crois que... commença le Survivant avant de se taire, ses prochains mots mourant dans sa gorge alors que, dans un grondement colossal, la glace fendait en deux et qu'il disparaissait dans l'eau noire.

- Harry ! Hurla le Serpentard.

Et sans hésiter, il plongea à son tour dans l'eau froide, disparaissant dans ses abysses sombres.

C'était chaud. Chaud et doux. Confortable. Apaisant. Est-ce que c'était ça, la mort ? Pensa Harry avant de sombrer à nouveau.

Des voix. A la fois loin et près de lui. Pas très fortes, mais elles le dérangeaient. Il grogna faiblement, tentant de se ré endormir, mais malgré sa fatigue pesante, il ne put le faire. Il tendit alors l'oreille, à défaut.

- C'est Hagrid qui les a repêchés, disait-on.

Il devina qu'il s'agissait du directeur de Poudlard. Sûrement parlait-il à l'infirmière.

- Il a entendu des cris et est sorti. Dès qu'il a vu l'ampleur de la situation, il s'est dépêché d'aller chercher un Sombral. Il savait que, bien sur, la glace ne supporterait pas son poids, et que le meilleur moyen était par les airs. Il a utilisé son parapluie pour réveiller la pieuvre du lac et lui ordonner de sortir les deux adolescents de l'eau. Puis, toujours monté sur le Sombral, il les a emmenés à l'intérieur du château.

Un... parapluie ? Il connaissait certes les Sombrals, pouvant les voir distinctement depuis plus d'un an et les ayant à plusieurs reprises utilisés pour se rendre à un endroit où il ne pouvait transplaner, Poudlard par exemple, mais jamais il n'avait entendu parler qu'on pouvait réveiller une pieuvre géante avec un parapluie. Il devrait peut-être écouter plus attentivement ses cours de Soins aux Créatures Magiques...

- Comment vont-ils, maintenant ? Demanda une autre voix.

Minerva McGonnagal, sans doute. Peut-être Rogue était-il là, lui aussi. Sans doute. Il n'était aucunement le plus bruyant des enseignants, écoutant plutôt au lieu de gaspiller inutilement sa salive.

- Mieux, cela va sans dire. Tous les deux souffraient d'hypothermie grave quand ils sont arrivés. 'N'ont pas idée, aussi, d'aller dans un endroit aussi dangereux... grommela Pomfresh.

- Pompom... la rappela à l'ordre Dumbledore.

- Ils ne devraient se réveiller que demain. Et je compte bien les garder ici pendant une bonne semaine.

- Bien sur, acquiesça le vieil homme. Et maintenant, je crois qu'il serait mieux pour tout le monde ici de retourner dormir. Je ne doute pas que dès la première heure demain, toute l'école sera au courant de ce qui s'est passé cette nuit.

Il y eut de vagues salutations, puis le silence revint. Dans son lit, Draco s'étira faiblement, chose extrêmement difficile à faire puisqu'il était littéralement assaillit par une montagne de couverture. Soupirant, son regard erra. Il ne remarqua qu'alors que le lit à sa droite était occupé. Avisant une masse assez volumineuse de cheveux noirs, son coeur fit un bond dans sa poitrine. Harry !

N'écoutant pas les protestations vives de son corps encore gelé et de ses articulations engourdies, il boitilla jusqu'à la couchette, s'y penchant.

Bien que pâle, le Survivant respirait régulièrement. Ses lèvres étaient bleuies, mais sa peau tiède au toucher, réalisa-t-il en lui effleurant le front. Il eut un mouvement de recul quant les yeux émeraude s'ouvrirent en papillonnant. Le Gryffondor porta sur lui un regard confus.

- On est morts ? Demanda-t-il faiblement avant de tousser.

Draco sourit, étrangement ému.

- Non, pas encore.

- Oh...

Il lui raconta brièvement ce qu'il venait d'apprendre à propos de leur sauvetage.

- T'as pas intérêt à dire de vacheries de lui après ça, le prévint faiblement l'adolescent étendu.

- Ou sinon quoi, se moqua-t-il.

- Sinon je te refile mon rhume.

Draco rit doucement, ne tenant pas à ce que l'infirmière ne se ramène.

- T'as vraiment une chance à tout casser, Potter, dit-il pensivement.

- Je t'avais dit que ça irait... murmura celui-ci.

Ses yeux papillonnèrent à nouveau.

- Tu as froid, constata-t-il en voyant le blond frissonner.

- Je veux parler encore avec toi.

Le Survivant hésita une seconde avant d'écarter ses propres couvertures, se tassant un peu. Comprenant l'invitation à le rejoindre, ce fut au tour de son compagnon d'hésiter avant de se glisser rapidement près du Gryffondor qui les recouvrit des draps chauds. Les lits étaient si petits qu'ils ne pouvaient pas faire autrement que de se toucher. Ils ne parurent pas s'en offenser, profitant au contraire de cette chaleur supplémentaire, s'en nourrissant quasiment. Cherchant une position qui leur conviendrait à eux deux, ils finirent presque enlacés, une des mains du blond reposant sur les hanches fines de l'autre. Leurs souffles étaient courts. Mais ils étaient bien.

- Draco ? Murmura-t-il.

- Oui ?

- Qu'est-ce que tu voulais me dire, sur le lac ? Tu sais, juste avant que je ne tombe... ?

Sa prise sa raffermie et le brun se blottit plus contre lui.

- Je... Juste te dire que j'en avais marre de courir.

- Moi aussi, avoua Harry en nichant son nez au niveau de ses clavicules.

Et il s'endormit. Draco embrassa sa tempe, enfouissant son visage dans l'oreiller. C'était vraiment terminé, maintenant. Oh, il y aurait encore des courses infernales un fois la nuit venue, mais aucune où il ne faille réellement se servir activement ses jambes. Ils iraient doucement, à leur rythme. Tout doucement. Sans noyer les instants avant qu'ils ne se réalisent. Doucement. A la lueur de leur futur.

FIN
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# Posté le mercredi 31 octobre 2007 20:16

Today

Today
Today


Lorsque je me suis réveillée, ce matin, enfouie sous ma couette, je n'ai pas voulu ouvrir les yeux. J'avais cette boule, au creux de mon estomac. Cet horrible n½ud qui me serre encore les entrailles, à ce moment précis. La peur. Le doute. Je ne comprenais pas pourquoi jusqu'à ce que ma mère n'arrive dans ma chambre et n'écarte vivement les rideaux de ma fenêtre, me saluant joyeusement.

Et puis je me suis rappelé que je me mariais, aujourd'hui.

Je me suis levé et j'ai regardé ma robe, étendue sur mon lit. Elle était belle. Lumineuse, même. Je l'avais choisie dans une boutique moldue de Londres, avec Hermione. Je me souviens... je voulais être la plus belle, à tes yeux. Je me suis imaginée, descendant l'allée au bras de mon père, échangeant avec toi un regard profond, rien qu'à nous, un regard où nous aurions pu lire respectivement l'amour que nous nous portions.

Je suis stupide, n'est-ce pas ?

Je voulais tellement croire, tu sais. Parce que je t'ai toujours aimé. Les autres riaient, disant que j'avais tout simplement un béguin enfantin pour le grand héros tant idolâtré. Mais ils avaient tord, tu sais. Moi, je t'ai aimé dès le premier regard. Le coup de foudre, je crois. Tu n'étais pas beau, Harry, tu étais magnifique. Je l'ai vue, moi, cette étincelle qui brillait au fond de tes yeux. Cette innocence, cette douleur que tu cachais derrière ton sourire simple. Je me suis dit que c'était idiot par la suite, bien sûr. Que jamais tu ne me regarderais, moi, Ginevra Weasley. La petite rousse maladroite et si peu sure d'elle qui accumulait les gaffes et qui se sauvait en rougissant devant toi. La s½ur de ton meilleur ami. C'était puéril, mais comprends que j'étais amoureuse.

Ron parlait souvent de toi. De ce jeune homme fantastique et si courageux que tu étais. Je buvais chacune de ses paroles, lui redemandant toujours des détails supplémentaires de vos aventures. Dans les journaux, je découpais des articles et des photos pour les coller dans mon cahier secret, celui où je collectionnais tout ce qui te touchait, de près ou de loin. J'économisais la moindre mornille pour pouvoir me procurer des livres qui parlaient de toi et de ton combat. J'étais obnubilée, je rêvais du jour où tu me remarquerais.

Et puis lors de ma première année, tu m'as sauvée la vie. J'avais peur, j'avais froid et je me sentais lentement partir quand tu es apparu. Je me suis dit que je ne te méritais pas, toi si grand, si valeureux héros qui venait de risquer sa vie pour moi. Qu'aurais-je eu à t'offrir ?

J'ai tenté de t'oublier, de passer à autre chose. Les années se sont écoulées, lentement, et je te regardais grandir, t'embellir et devenir cet homme grandiose que je vois maintenant, lorsque tu es avec moi. Tu avais cette force, Harry, ce pouvoir qui se dégageait de toi et qui faisait que même les plus valeureux reculaient devant toi. Tu es leur chef à tous, et pourtant tu préfères l'ombre et l'oubli. Tu n'es pas l'un de ceux qui ne vivent que pour la gloire. Tu affectionnes largement le silence au tumulte d'un foule, la solitude aux rencontres mondaines. Tu établis toi-même tes lois, maintenant. Je ne prétendrai pas te connaître, Harry, parce que ce serait mentir. Tu ne te confis jamais, demeurant simplement là, le regard ailleurs, et ce même lorsque nous sommes seuls tous les deux. Nous sommes ensemble depuis plus d'un an et pourtant, tu t'évades encore à l'occasion, partant sans rien dire. Tu as changé, depuis la fin de la guerre. Plus amer. Tu ne souris plus beaucoup. Crois-tu que je ne vois rien ? Crois-tu que je suis sourde aux gémissements que tu pousses trop souvent, dans ton sommeil. Tu ne dis rien de tes cauchemars, ni même de tes pensées. Je ne te connais pas, Harry, et cette révélation me heurte de plein fouet.

Hermione est arrivée et m'aide à me préparer. Elle s'extasie devant moi. Son ventre rond et son grand sourire me réconforte un peu. Mais même elle ne peut être totalement heureuse. Elle n'est pas aveugle, elle non plus. J'aurais voulu être comme elle. Avoir un mari aimant à mes côtés, caresser mon ventre en pensant à l'enfant qui y grandit. Mais ce ne sera jamais comme ça, entre toi et moi, Harry. N'est-ce pas ?

J'ai attendu. Merlin sait que j'ai été patiente. Chaque jour qui passait, je tentais de me persuader que j'étais heureuse, que ta présence dans ma vie me comblait. Et puis tu as commencé à disparaître, d'abord pendant quelques heures, puis pendant plusieurs jours. Tu disais avoir besoin de te retrouver. De temps pour te refaire à l'idée d'être encore en vie. Parce que tu ne croyais pas Lui survivre, n'est-ce pas, Harry ? Et parfois, je pense même que tu ne le voulais pas. Penser ainsi me détruisait, cependant, alors je tentais d'oublier également.

J'ai mis du temps. Je crois que je ne voulais pas voir, également. Je voulais mon bonheur, et j'étais aveuglée par mes illusions. Je t'ai laissé t'éloigner, pensant que tu me reviendrais au bout d'un temps. J'étais sûre de moi, probablement trop, comme d'habitude. Merlin, je suis tellement sotte...

Lorsque tu revenais, normalement après une nuit ou deux d'absences, je me levais en silence. Je te regardais, roulé en boule dans un coin du lit, loin de ma chaleur. Lointain, même dans ton sommeil... J'allais dans la salle de bain et, comme dans ces films moldus que m'amènent parfois voir Hermione, j'imitais les femmes jalouses et délaissés par leur conjoint. Je devais assurément paraître idiote, à chercher sur tes cols de chemise une trace de rouge à lèvres ou encore le parfum d'une inconnue. Et bien entendu, je ne trouvais jamais rien. Ce qui ne m'empêchait pas de recommencer la fois d'après.

Je me disais, me répétais que ce n'était qu'une passade. Que je ne risquais rien. C'était à moi que tu avais demandé de t'épouser, après tout. Je me souviens encore de mes larmes, mais je tente d'oublier ton regard un peu fuyant. C'est moi que tu aimais, certainement. Pas l'autre. Moi. La petite Ginny qui avait attendu pendant si longtemps son prince charmant. Mais les contes de fées ne sont que chimères, n'est-ce pas ? C'est toi-même qui me l'a dit, un jour. Il n'y a que la vie simple, dure, et les larmes amères qui se déversent lentement, comme une pluie acide. Moi et les métaphores, tu sais...

Mon père est là, Harry. Il me dit combien il est fier de moi. Il me serre contre lui. Sa toute petite fille. J'ai envie de pleurer, de tout lui raconter, de lui dire combien ce mariage est faux. Mais je ne dis rien et je le laisse me guider à travers les quelques couloirs du château me séparant de toi. Tu as choisi Poudlard pour la cérémonie. Ta seule véritable maison. Tu dis souvent qu'avant ton entrée au collège, il n'y avait rien. Que tu n'étais personne. Et là, on espère des révélations. Mais c'est tout ce que tu as à nous offrir. De petits copeaux.

Tu es là. Est-ce que tu me trouve belle, Harry ? Tu me souffles que je suis jolie. Je ne veux pas être jolie! Je me veux belle pour toi. Juste pour toi... Ton sourire est crispé, comme à l'habitude. Il n'y a pas beaucoup de monde dans la pièce. La Salle sur Demande a été magiquement transformée en petite chapelle. Tout est en pierre grise. Ça a quelque chose de froid... Ton ½uvre ? Je m'attends presque à voir des roses noires dans les coins.

C'est Albus qui préside la cérémonie. Majestueux, comme toujours, dans ses robes aujourd'hui blanches et vertes. Mon frère est derrière toi, ton témoin, tandis que je sens Hermione à ma gauche. Ils forment un joli couple, n'est-ce pas ? Je les envie encore plus que d'habitude. Leur mariage à eux était si beau, si émouvant. L'amour y transpirait.

Dumbledore commence et je te regarde dans les yeux. Bien sûr, tu détournes automatiquement les tiens. Tu parcours la salle des yeux et je te sens soudainement te raidir. Qu'y a-t-il ? Qu'as-tu vu, Harry ? De quoi as-tu peur ?

Je suis ton regard, cherchant ce qui a bien pu te surprendre. Te faire mal. Je cherche une femme pleurant la perte de son amant. Seulement, je ne cherche pas au bon endroit... Je ne cherche seulement pas la bonne personne.

À mon idée initiale d'une pauvre fille en larmes succède la vision d'un regard, tout simplement. Deux yeux tourmentés, remplis de détresse et d'amertume. De douleur sourde qui ne demande qu'à être hurlée mais qui se terre silencieusement, derrière une colonne de marbre grisâtre.

Je ne pensais pas... Je croyais que vous... Mais en même temps, c'est comme si tout s'éclairait, dans ma tête. Ce n'était pas évident, loin de là. Qui aurait bien pu croire que vous... ensemble... J'ai beau essayer de me convaincre que j'ai tord, je ne peux que constater. Les yeux baissés, tu ne vois rien. Sais-tu seulement combien il souffre...?

Est-ce que tu l'aimes, Harry ? On ne peut pas dire qu'il soit laid, bien entendu... On dirait un ange déchu. Avec ses mèches presque blanches qui tombent sur ses joues diaphanes et ses lèvres rosées. Sa mâchoire est un peu crispée et sa lèvre inférieure mordue. Comme s'il retenait un sanglot. Ses yeux sont comme la tempête. Orageux. Mais à la fois doux, étrangement. Et si tristes. Un peu comme les tiens. Il porte une cape noire, mais même cette couleur sobre arrive à le rendre plus magnifique encore, rehaussant la pâleur cristalline de sa peau. Il semble fragile. Un peu comme un enfant. Et il a mal. Il resserre les pans de son vêtements, comme s'il avait froid. Parfois, il frissonne. Il regarde parfois la porte de la salle du coin de l'½il, comme hésitant à la franchir, à fuir loin de tout. Loin de toi.

Je sais qu'il est conscient que je l'ai aperçu. Et loin d'en être heureux, sadiquement, il semble désolé. J'ai envie de lui dire que ce n'est pas grave.

J'ai envie de lui hurler que, de toute façon, tu ne seras jamais à moi.

Parce que j'ai beau me leurrer, Harry, ça ne servira à rien. Je n'ai pas envie de continuer à verser des larmes amères chaque fois que tu seras en retard de quelques heures. Je sais bien que, après aujourd'hui, tu ne le reverras plus. Tu n'es pas comme ça. Avant, simplement, il n'y avait pas de promesse. Mais bientôt, ce sera différent. Mais ça ne m'empêchera pas de me dire que ma vie n'est qu'un mensonge éhonté. Qu'une longue cérémonie officielle dans le but de plaire, encore, de faire selon les 'lois' régies. Je ne veux pas de ça.

Dumbledore a commencé à réciter son long monologue sans que je ne m'en aperçoive. Et voilà... Le moment X, n'est-ce pas ? Un sourire aux lèvres, le vieux sorcier pose ses questions. C'est maintenant mon tour de répondre. Tu as dit oui, comme si c'était un texte que tu récitais. Je sens tous ces regards sur moi. Et bien sûr le sien, acier qui me transperce. J'aimerais lui en vouloir, t'en vouloir, mais il me semble que c'est impossible. Si j'y avais réellement cru, peut-être.

« Ginevra ? » Demande Albus de sa voix douce.

Et je trouve la force de sourire. Je sais cependant mes yeux remplis de larmes. J'ai si mal, Harry, mais je t'aime. Et toi qui a sacrifié tant de par le passé ne mérite pas cela. Je ne veux pas d'une vie de mensonges. Je vaux mieux, moi aussi.

Je m'avance vers toi, franchissant les quelques pas qui nous séparent. Je pose juste mes lèvres sur ta joue avant de reculer.

« Ginny ? » Fais-tu, interloqué.

« Tu sais que je t'aime » je balbutie malgré moi. « Et je crois même que je t'aimerai toujours. Je sais que tu as essayé d'éprouver la même chose. Mais l'amour ne s'apprend pas, Harry. Il se vit, tout simplement. Il s'avoue. »

Tout le monde écoute, boit la moindre de mes paroles. Mais je m'en fous. J'ai juste besoin de te parler. Tant mieux s'ils apprennent à voir, eux aussi.

« Si je m'écoutais, je te garderais avec moi. Je dirais « Oui » devant tous ces gens. Mais je ne peux pas. Je ne peux pas t'obliger à rester alors que je sais...»

Si dur...

« Alors que je sais pertinemment que tu l'aimes.»

Il y a des cris étouffés derrière nous. De confusion. Mais toi, Harry, tu me regarde simplement dans les yeux. Depuis quand ne l'avais-tu pas fait ?

« Pourquoi, Harry ? Pourquoi toujours agir dans l'intérêt des autres ? Tu ne penses jamais à toi-même, même dans l'adversité. Tu ne nous dois rien, Harry. Au contraire ; c'est nous qui te devons tous la vie. Cesse de sacrifier la tienne. La guerre est finie. Il faut repartir à zéro. Recommencer à vivre. »

Je prends ta main dans la mienne. Tu trembles. Je souris paisiblement.

« On ne trouve pas toujours la bonne personne, Harry. Tu as cette chance. S'il te plait, ne la laisse pas passer... Ne la gâche pas inutilement pour quelques craintes injustifiées. »

« Gin'... » balbuties-tu « je voulais tellement...»

« Je sais, je coupe. Et moi, je veux te voir sourire à nouveau. »

Je lâche sa main après une dernière pression. Je commence à m'éloigner doucement. Je me dirige calmement vers la sortie, la tête haute. J'ai envie de pleurer mais je ne le ferai pas. Je serai forte.

Il est à toi, Draco. Prends bien soin de lui. Il est fragile, sous les apparences. Mais tu le sais sans doute mieux que moi...

Je m'étais fourbue, mais tout va bien, maintenant. C'est comme ça que ça devait être.


Fin

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# Posté le mercredi 31 octobre 2007 18:26

Modifié le jeudi 01 novembre 2007 00:41

Christmas is gone

Si vous saviez combien de temps je passe à chercher les photos... Et je suis finalement jamais contente ! Arf.


Le présent


Elle a dit qu'Il viendrait si j'étais sage.

J'ai lavé la maison parce qu'elle dit que tout doit être propre pour l'occasion. J'ai déblayé l'entrée et décoré l'extérieur. Mes doigts sont encore tout froids, même si je les frotte. Mon nez coule et elle refuse que je m'approche d'eux pour ne pas les contaminer.

Mais qui voudrait être malade, après tout ?

J'ai cuisiné le repas. Mon ventre gronde. C'était trop bon alors il n'en reste plus. J'ai mangé ce qu'il restait de petits pois lorsqu'elle ne regardait pas.

Tout est parfait, je m'en suis occupé. J'ai même cuisiné des cookies et servit le lait et le thé sans rien dire, sans en renverser une goutte sur le tapis du salon.

Tout brille. Tout est parfait.

Elle m'a dit que ça suffirait peut-être.

Je suis allé mettre mon pyjama et me suis glissé sous ma couverture. Il faisait un peu froid. J'ai fermé mes yeux très forts, m'efforçant d'être sourd et de faire le moins de bruit possible.

J'entendais leurs voix dans le salon alors qu'ils finissaient leur collation tout en parlant de tout et de rien, des progrès de Dudley et des commérages de quartier. Mes muscles étaient si fatigués que bientôt, tout est devenu flou et que je suis tombé profondément endormi.

Les éclats de rire m'ont réveillé, quelques heures plus tard. Le corps frissonnant d'excitation, j'ai serré les couvertures élimées de toutes mes forces. Je sentais le fumet des hors d'½uvres et du repas que j'avais préparé pour faire honneur à cette journée. La seule où j'avais un peu d'espoir d'être heureux. Pour une fois, mon bonheur ne dépendait pas d'eux, mais bien de Lui.

Et Lui, il ne m'oublierait pas. Il n'oubliait jamais personne. Je l'ai lu dans un livre que Dudley a lancé aux ordures parce qu'il avait trop de pages. Tante Pétunia a confirmé un peu plus tard.

J'ai ouvert la porte du placard en prenant garde à ce qu'elle ne grince pas lorsque tous sont allés de coucher en faisant branler l'escalier. J'ai marché sur la pointe des pieds, me disant que le moindre bruit suspect me vaudrait une bonne raclée, surtout aujourd'hui.

Dehors, le jour se levait. Les rayons de soleil faisaient étinceler la neige et je trouvais ça magnifique, mais moins que le sapin qui trônait dans la maison, dans un coin du salon. Je me suis agenouillé devant tous les présents déposés là et auprès desquels jamais je n'aurais dû me trouver. J'aurais pu les abîmer parce que je suis très maladroit.

J'ai lu les noms sur les étiquettes. Il y en avait une trentaine environ, mais je n'ai pas compté réellement. Je n'ai pas regardé les plus gros parce que je savais bien qu'ils ne pouvaient pas être pour moi. C'était évident.

Il y avait un sac en papier brun derrière un paquet multicolore. Mes mains tremblaient tellement que j'ai eu peur de le déchirer juste en l'effleurant. Dessus, il y avait écrit mon nom avec un feutre noir.

Harry

J'avais envie de pleurer. J'avais tellement travaillé et le Père Noël ne m'avait pas oublié, cette année. Moi aussi, j'avais un présent ! Un vrai ! Un juste pour moi !

Je risquais une gifle mais je m'en foutais un peu alors je l'ai ouvert sans plus attendre, me disant que de toute façon, ma présence ne les dérangerait pas dans quelques heures. Il ne fallait surtout pas que je gâche les moments en famille. Sûrement ne se doutaient-ils même pas que j'avais pu recevoir un cadeau moi aussi.

Dans le sac, il y avait une chaussette.

J'ai cligné des yeux, cherchant l'autre, parce que les chaussettes, ça vient par paire, non ?

Mais il n'y avait pas d'autre paquet pour moi sous l'arbre.

C'était une chaussette grise. Avec un trou au talon. Et elle ne sentait pas très bon. Elle n'était pas à ma taille non plus.

Je suis retourné dans mon placard avec ma chaussette.

Je suis monté dans mon lit après avoir gentiment chassé une bestiole qui tentait de squatter un peu de chaleur. Y'avait pas assez de place pour nous deux, que je lui ai expliqué avec diplomatie.

J'ai glissé la chaussette sous mon oreiller, de peur que Dudley ne la vole. Mais avant, je l'ai serrée très fort contre moi, parce que j'avais peur de me réveiller un peu plus tard et qu'elle n'y soit plus. Je lui ai sourit, et j'ai remercié le Père Noël.

Si je suis sage encore, j'aurai sûrement la deuxième l'an prochain.

FIN

Christmas is gone
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# Posté le mercredi 31 octobre 2007 11:52

Une de plus...

Une de plus...
Buenos Dias


C'était un matin, à l'instar de tous les autres matins. Un matin de septembre, ni trop chaud, ni trop froid. Les premières années promenaient dans la Grande Salle leurs regards encore remplis d'étoiles, eux qui avaient été trop nerveux hier encore pour remarquer de leurs yeux si jeunes les menus détails qui faisaient la magie de ce lieu.

La magie. On pouvait presque la sentir, là, dans l'air, comme un fluide à boire, à boire jusqu'à plus soif, jusqu'à être abreuvé à satiété de pouvoir et aussi, étrangement, de joie.

Les élèves plus âgés s'abreuvaient sans le savoir, ayant oublié comment tout était beau, combien tout semblait parfait, la veille d'il y a une éternité. Leurs regards à eux fixaient leurs assiettes et ils faisaient danser une valse désordonnée à leurs ustensiles, se demandant peut-être, en quelque part, comment la retrouver, cette magie enfantine jadis si parfaite.

La table des professeurs était silencieuse.

Minerva MacGonnagal entourait de ses longs doigts fins une tasse de thé froid, tentant vainement de se réchauffer. Sa bouche était crispée, comme à son habitude, mais ses yeux étaient ternes et fatigués.

Severus Snape gardait la tête haute, lançant des regards aussi froids que le thé de sa collègue à la communauté estudiantine réunie pour le petit déjeuner. Il inspirait la crainte. Ses mains tremblaient, posées sur ses cuisses, sous la table.

Rubeus Hagrid souriait doucement, surplombant l'assemblée de sa grande taille protectrice, le regard perdu dans le vide. Sa barbe et ses cheveux broussailleux lui donnaient un air doux, tout comme ses petits yeux noirs remplis de tendresse. La longue cicatrice qui défigurait tout un côté de son visage effrayait cependant quelque peu.

Hermione Granger discutait avec Neville Londubat du premier cours de botanique qui aurait lieu un peu plus tard, le matin-même. Les mots coulaient doucement, mais bientôt les quelques silences ponctuant leur conversation devinrent des cailloux jetés dans un étang. Leurs ondes s'élargirent jusqu'à engouffrer leurs mots et ils se turent tous les deux, vides.

Ron Weasley s'était servi, accumulant bacon, ½ufs, rôties et confiture. Il grappillait maintenant dans son assiette, traçant dans le jaune liquide de son ½uf crevé des formes indistinctes. Il posa un instant sa fourchette pour prendre de sa seule main restante celle de sa s½ur, à côté de lui.

Draco Malfoy portait tranquillement sa tasse de café à ses lèvres. Assis au milieu de la table des Serpentards, les plus jeunes lui jetaient parfois des regards en coin qu'il faisait semblant de ne pas remarquer. Il n'aimait pas le goût du café et il n'y en avait jamais eu dans sa tasse. Pourtant, il sentait le goût amer du liquide noir dans sa bouche et l'arôme si particulier qui picotait les yeux.

C'était un matin, à l'instar de tous les autres matins. Un matin de septembre, ni trop chaud, ni trop froid. Les dernières années promenaient dans la Grande salle des regards hantés. Ils revoyaient, même en essayant le plus fort possible, les yeux vides des morts, partout, partout, le sang qui tapissait le sol et les ralentissaient dans leur fuite. Ils entendaient les rires gras et les hurlements, les gémissements et les appels à l'aide, les sorts lancés pêle-mêle et le bruit mât des corps lorsqu'ils tombaient sans personne pour amortir leur chute. Partout, partout, même dans leurs silences qui n'en finissaient plus de grandir, comme si un seul chuchotement provoquait une onde qui risquait de les engloutir et de les mener à l'oubli.

Draco Malfoy se leva et sortit rapidement de la salle, et tous ignorèrent les larmes qui descendaient le long de ses joues pâles.

À la table des professeurs, Minerva MacGonnagal essuya discrètement ses propres yeux, se préparant à rejoindre le bureau directorial qui était le sien depuis maintenant deux ans. Là, comme tous les matins depuis juin, elle tâcherait d'ignorer Albus Dumbledore qui, dans son tableau, avait cessé tout mouvement pour contempler le monde d'un regard terne depuis la mort d'Harry Potter.

FIN
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# Posté le mercredi 31 octobre 2007 11:20